La France bat un nouveau record en 2025 avec 1,166 million d'entreprises créées sur l'année. Parallèlement, les défaillances atteignent elles aussi un niveau inédit : 69 957 procédures collectives. Deux dynamiques contradictoires qui révèlent les mutations profondes du tissu économique français.
Cet article s'appuie sur le jeu de données ouvert « Démographie des entreprises » publié par l'INSEE sur data.gouv.fr. Il s'agit d'une réutilisation de ces données libres, enrichie de notre analyse éditoriale.
Les créations d'entreprises explosent depuis 2020
Depuis la réforme de la micro-entreprise et l'essor des plateformes numériques, la France a franchi un palier. En 2019, on comptait 815 000 créations. Six ans plus tard, ce chiffre a bondi de 43 % pour atteindre 1,166 million.
La progression année par année est révélatrice :
- 2022 : 1,072 million — premier franchissement symbolique du million
- 2023 : 1,051 million — léger recul lié à l'inflation et aux taux d'intérêt
- 2024 : 1,111 million — reprise nette, portée par le numérique
- 2025 : 1,166 million — nouveau record absolu
Ce dynamisme entrepreneurial ne doit pas masquer une réalité : une part significative de ces créations correspond à des micro-entreprises, souvent des activités complémentaires ou des reconversions professionnelles plutôt que des PME structurées.
- Analyser les tendances de création par secteur et par région.
- Identifier les secteurs à fort taux de survie pour orienter son projet.
- Comprendre les causes principales de défaillance pour les anticiper.
- Mettre en place un suivi de trésorerie rigoureux dès le départ.
- Diversifier sa clientèle pour réduire la dépendance à un seul client.
Le transport et l'entreposage : le secteur qui a tout changé
Le fait marquant de la dernière décennie, c'est l'explosion du secteur transport et entreposage. Il représente désormais 22 % de l'ensemble des créations en 2025 — soit une multiplication par cinq depuis 2015.
Derrière ce chiffre se cache essentiellement la livraison du dernier kilomètre. L'essor fulgurant du e-commerce a généré une demande massive de livreurs indépendants. Des plateformes comme Uber Eats, Deliveroo ou Amazon Flex ont structuré un marché où des dizaines de milliers de micro-entrepreneurs s'immatriculent chaque année.
Les autres secteurs leaders en création restent plus classiques :
- Commerce : 16 % (e-commerce inclus)
- Services aux entreprises : 14 % (conseil, IT, formation)
- Information et communication : 10 % (multiplié par 3 depuis 2015)
- Construction : 9 %
Le secteur information/communication mérite une attention particulière. Sa croissance reflète la digitalisation accélérée des entreprises françaises, avec une demande soutenue en développement web, cybercurité et marketing digital.
Défaillances : le retour de baton post-COVID
Si les créations battent des records, les défaillances aussi. Et pour comprendre le chiffre de 2025, il faut remonter à 2020.
Pendant la crise sanitaire, l'État a déployé un arsenal massif de soutien : prêts garantis par l'État (PGE), fonds de solidarité, report de charges, chômage partiel. Résultat : les défaillances se sont effondrées artificiellement, passant de 52 000 en 2019 à 32 000 en 2020 puis 28 000 en 2021.
Ce qui devait arriver arriva. À mesure que les aides s'estompaient et que les remboursements de PGE commençaient, les entreprises fragilisées ont cédé :
- 2022 : 42 500 défaillances (rattrapage amorcé)
- 2023 : 57 900 (accélération brutale, +36 %)
- 2024 : 66 000 (niveau supérieur à 2019)
- 2025 : 69 957 (record historique)
Les économistes parlent d'un « mur de la dette » : de nombreuses TPE/PME avaient accumulé des dettes pendant la crise, masquées par les dispositifs de soutien. Quand il a fallu rembourser dans un contexte de taux élevés et de demande en berne, la mécanique s'est grippée.
BTP, commerce, restauration : le trio le plus exposé
Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne face aux défaillances. Trois d'entre eux concentrent plus de la moitié des procédures collectives.
BTP / Construction : 21 % des défaillances (~14 700 entreprises)
Le bâtiment souffre depuis deux ans d'un cocktail défavorable : hausse du coût des matériaux, remontée des taux d'intérêt qui freine les projets immobiliers, et réduction des mises en chantier. Les petites entreprises du secteur, souvent sous-capitalisées, sont les premières touchées.
Commerce de détail : 20 % des défaillances (~13 700 entreprises)
La transformation digitale du commerce continue de faire des victimes. Les commerces physiques qui n'ont pas réussi leur transition numérique subissent la double peine : baisse de fréquentation en magasin et incapacité à capter la clientle en ligne. Les centres-villes des villes moyennes sont particulièrement touchés.
Restauration : 13 % des défaillances (~9 060 entreprises)
Le secteur de la restauration cumule les difficultés : inflation des matières premières alimentaires, difficultés de recrutement post-COVID, hausse des loyers commerciaux. Les établissements créés pendant la période euphorique de 2021-2022, parfois sans étude de marché approfondie, ferment en cascade.
267 000 emplois menacés : l'impact social des défaillances
Derrière chaque défaillance, il y a des salariés. En 2025, ce sont environ 267 000 emplois qui sont directement menacés par les procédures collectives. Un chiffre qui dépasse largement les plans sociaux médiatisés des grands groupes.
Ces destructions d'emplois touchent principalement des postes peu qualifiés dans des TPE de moins de 10 salariés. Les territoires ruraux et périurbains, où les alternatives d'emploi sont limitées, subissent un impact disproportionné.
Les tribunaux de commerce, déjà engorgés, peinent à traiter le volume de dossiers. Les procédures de sauvegarde et de redressement judiciaire, qui pourraient sauver certaines entreprises viables, sont souvent engagées trop tard. Quand le dirigeant se décide enfin à consulter, la trésorerie est déjà à zéro.
Perspectives 2026 : vers une stabilisation ?
Les prévisions pour 2026 tablent sur environ 65 000 défaillances, soit une baisse de 7 % par rapport au pic de 2025. Plusieurs facteurs soutiennent ce scénario :
- Stabilisation des taux d'intérêt : la BCE a amorcé un assouplissement qui devrait soulager les trésoreries
- Fin du rattrapage post-COVID : les entreprises « zombies » maintenues artificiellement ont déjà largement disparu
- Mesures gouvernementales : rééchelonnement des PGE restants, dispositifs de médiation du crédit
Pour autant, le niveau de défaillances restera structurellement élevé par rapport à la décennie précédente. Le tissu économique français est en pleine recomposition : des secteurs entiers se restructurent pendant que de nouveaux émergent.
| Indicateur | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Créations totales | ~980 000 | ~1 000 000 |
| Dont micro-entreprises | ~630 000 | ~650 000 |
| Défaillances | ~60 000 | ~58 000 |
| Taux de survie à 5 ans | 61 % | 61 % |
Ce que ces chiffres disent de l'économie française
Loin d'être contradictoires, la coexistence de créations record et de défaillances record traduit une réalité connue des économistes : la destruction créatrice schémpétérienne à l'œuvre.
D'un côté, l'économie française génère une vague entrepreneuriale historique, portée par le numérique, la simplification administrative et un changement culturel profond dans le rapport au salariat. De l'autre, elle élimine les structures qui n'ont pas su s'adapter à un environnement de taux élevés, de digitalisation accélérée et de transition écologique.
Pour les entrepreneurs qui se lancent aujourd'hui, la leçon est claire : la barrière à l'entrée n'a jamais été aussi basse, mais la survie à cinq ans n'a jamais été aussi exigeante. Anticipation financière, différenciation et agilité numérique ne sont plus des options : ce sont des conditions de survie. Pour approfondir le sujet, consultez notre guide complet de la création d'entreprise en 2026.
Données : INSEE — Démographie des entreprises (data.gouv.fr, licence ouverte). Cet article constitue une réutilisation au sens de l'article L. 321-1 du Code des relations entre le public et l'administration.