La comptabilité, c'est le sujet qui fait fuir 90 % des entrepreneurs. Et pourtant, c'est celui qui coule le plus d'entreprises — pas parce que les chiffres sont mauvais, mais parce que personne ne les regarde. Un dirigeant qui découvre son résultat 6 mois après la clôture de l'exercice ne pilote pas son entreprise : il la subit.
Vos obligations comptables dépendent directement de votre forme juridique et de votre régime fiscal. Voici la cartographie complète — sans le jargon inutile.
Micro-entreprise : la comptabilité simplifiée
Le régime micro est un régime de confiance : l'administration vous fait confiance sur votre chiffre d'affaires, et calcule tout le reste au forfait.
Vos seules obligations
- Un livre des recettes : chaque encaissement, avec date, montant, origine, mode de paiement. Un tableur Excel suffit.
- Un registre des achats (uniquement pour les activités de vente) : chaque achat, même format que les recettes.
- Des factures conformes : numérotation chronologique, mentions obligatoires, conservation 10 ans.
- Déclaration de CA : mensuelle ou trimestrielle sur autoentrepreneur.urssaf.fr.
Pas de bilan, pas de compte de résultat, pas de liasse fiscale. C'est aussi simple que ça. Mais cette simplicité a un prix : vous ne pouvez pas déduire vos charges réelles. L'abattement forfaitaire (34 % en BNC, 50 % en BIC, 71 % en vente) remplace toutes les déductions.
Entreprise individuelle au réel : le premier palier de complexité
Si vous dépassez les seuils micro ou si vous optez volontairement pour le régime réel, les choses se corsent.
Régime réel simplifié
Accessible aux entreprises dont le CA est inférieur à 840 000 € (vente) ou 254 000 € (services) :
- Comptabilité d'engagement (recettes ET charges, même non payées)
- Bilan et compte de résultat simplifiés
- Liasse fiscale 2031 (BIC) ou 2035 (BNC)
- TVA semestrielle (2 acomptes + régularisation)
Régime réel normal
Au-delà des seuils ou sur option :
- Comptabilité complète avec journal, grand livre, balance
- Bilan et compte de résultat détaillés
- TVA mensuelle
- Annexe comptable
À ce niveau, un expert-comptable n'est plus optionnel — c'est vital. Notre article sur les experts-comptables en ligne vous aide à choisir le bon partenaire.
SARL et SAS : comptabilité commerciale obligatoire
Toute société commerciale (SARL, EURL, SAS, SASU, SA) est soumise aux mêmes obligations de base :
Les obligations permanentes
| Obligation | Fréquence | Détail |
|---|---|---|
| Tenue d'une comptabilité complète | Quotidienne | Journal, grand livre, balance, plan comptable |
| Établissement des comptes annuels | Annuelle | Bilan + compte de résultat + annexe |
| Approbation des comptes en AG | Annuelle (6 mois après clôture) | PV d'assemblée à déposer au greffe |
| Dépôt des comptes au greffe | Annuelle (7 mois après clôture) | Comptes annuels + PV d'AG |
| Déclaration de résultats (liasse fiscale) | Annuelle | Formulaire 2065 (IS) avec annexes |
| Déclarations de TVA | Mensuelle ou trimestrielle | CA3 (réel normal) ou CA12 (réel simplifié) |
La différence entre SARL et SAS en comptabilité
Spoiler : il n'y en a presque pas. Les obligations comptables sont identiques. La seule différence notable concerne le bulletin de paie du dirigeant : en SAS, le président assimilé salarié a un bulletin de paie classique (et les charges qui vont avec). En SARL, le gérant TNS n'a pas de bulletin — ses cotisations sont calculées et appelées par l'URSSAF.
Pour les détails sur ces différences de régime social, voir notre comparatif SARL vs SAS.
SCI : un cas particulier
La SCI à l'IR (option par défaut) bénéficie d'une comptabilité allégée : comptabilité de trésorerie, pas d'obligation de dépôt au greffe. En revanche, la SCI à l'IS est soumise aux mêmes obligations qu'une société commerciale — bilan, compte de résultat, liasse fiscale 2065.
Le calendrier comptable d'une PME type
| Mois | Action | Deadline |
|---|---|---|
| Janvier | Clôture de l'exercice (si exercice calendaire) | 31 janvier |
| Février-Mars | Saisie des dernières écritures, révision | — |
| Avril | Liasse fiscale + DSN annuelle | 2e jour ouvré après le 1er mai |
| Mai | Solde IS (si applicable) | 15 mai |
| Juin | Assemblée générale d'approbation des comptes | 30 juin |
| Juillet | Dépôt des comptes au greffe | 31 juillet |
| Chaque mois | TVA + DSN (paie) | Entre le 15 et le 24 du mois suivant |
Combien coûte la comptabilité ?
| Solution | Coût annuel | Pour qui |
|---|---|---|
| Logiciel seul (Henrri, Tiime) | 0 à 300 € | Micro-entrepreneurs, EI simples |
| Expert-comptable en ligne | 1 000 à 2 000 € | SASU/EURL sans salarié |
| Cabinet traditionnel | 2 000 à 5 000 € | PME avec salariés |
| DAF externalisé | 6 000 à 15 000 € | PME en croissance (20+ salariés) |
Pour un comparatif des solutions logicielles, notre guide des logiciels de comptabilité 2026 détaille les fonctionnalités et tarifs.
FAQ : Obligations comptables
Un expert-comptable est-il obligatoire ?
Non, aucune loi n'impose de recourir à un expert-comptable (sauf pour certaines associations). Mais en pratique, une société sans expert-comptable qui se fait contrôler, c'est comme aller au tribunal sans avocat — techniquement possible, rarement une bonne idée.
Que risque-t-on en cas de non-dépôt des comptes ?
Une amende de 1 500 € (3 000 € en cas de récidive). Plus grave : le tribunal de commerce peut ordonner le dépôt sous astreinte, et le président du tribunal peut demander la dissolution de la société. En pratique, beaucoup de TPE oublient — mais le risque existe.
Peut-on changer de date de clôture ?
Oui, par décision en AG extraordinaire. L'exercice de transition sera plus long ou plus court que 12 mois. Attention : il ne peut pas dépasser 24 mois.